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29.08.2007
- A quoi cela a-t-il servi de voter "non"?
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Alors
qu’approche à grands pas le
début de la Conférence Inter Gouvernementale
(CIG) qui
aura pour mission de
rédiger le Traité simplifié
(Traité modifiant les Traités a/ sur la
Communauté Européenne et b/
sur l’Union Européenne), il paraît
intéressant
de dresser un bilan de l’échec du
Traité Instituant
une Constitution pour
l’Europe, (ou
« Constitution Européenne
»), puisque le premier découle
de l’échec du second. |
I.
Le
29 mai 2005, après des mois de débats
acharnés, le Peuple Français rejeta à
54%
le projet de Loi autorisant l’adoption de la
« Constitution
Européenne » par la République
Française.
Quels
étaient ses motivations ? Au vu de
l’évolution des intentions de vote
durant les mois précédents le scrutin
(d’abord une majorité de
« oui » puis une
érosion progressive de cette majorité pour
atteindre
une majorité de
« non »), il est certain que le « non »
Français n’était pas motivé
par un rejet de l’idée
de l’Union Européenne en tant que telle.
Le « non » Français n’était pas non plus un non au
principe
d’une Constitution pour l’Europe. Bien au
contraire, les parties 1 et 2 de
la Constitution (respectivement la partie Institutionnelle qui donnait
l’aspect
si « constitutionnel » au
traité, et la Charte des droits fondamentaux)
n’ont posé aucun problème. Le
« non » Français, a
été en fait un
« non » a la partie 3 de la
Constitution, la partie dite
« économique ».
D’ailleurs,
on peut induire des nombreux débats sur Internet et dans les
différents médias
que le « non » a
été la conséquence de la
volonté des Français de
stopper l’Europe – je dis
« stopper », ni
détruire, ni diminuer.
Pourquoi
stopper l’Europe ? Celle-ci paraissait trop
lointaine d’abord. D’une part,
car elle n’était pas assez transparente, et
d’autre part, car ses
préoccupations (majoritairement économiques)
semblaient peu en adéquation avec
celles des Français. En cela, l’affaire dite
« Bolkestein » illustre
bien le sentiment de décalage avec l’Europe que
les Français avaient. L’Europe
protégerait trop peu ses concitoyens, et pis, les exposerait
à davantage de
précarité. Les Français, en entendant
cette affaire et en voyant que la
Constitution intégrait en son sein des
préoccupations économiques (et donc aux
yeux de certains, qu’elle cachait des instruments
libéraux) se sont senti trahis
par une Europe qu’ils ne reconnaissaient plus. Pendant si
longtemps, on ne leur
en avait pas parlé. Et tout d’un coup, il fallait
voter une Constitution, et
libérale en plus !
Certes,
il est évident qu’il y a eu un
quiproquo : la
« Constitution »
n’était pas une Constitution mais un
Traité. Et de toute façon, dans une
Constitution digne de ce nom, il n’y aurait jamais eu de
partie traitant de
l’organisation du marché ! La partie
trois n’était pas
« libérale »
puisqu’au contraire elle organisait le marché. Une
« constitution »
libérale aurait prôné le principe de
non régulation des marchés.
Ainsi,
le « non » français
à la « constitution »
était plus, selon
moi, un cri d’alarme et un cri
d’espérance qu’un refus de
l’idée de l’Europe. Devant
une Europe qu’ils ne comprenaient plus, devant un texte dont
on a vu qu’il fut l’objet
d’un quiproquo, les Français ont dit
« non ». Ils ont
demandé à
l’Europe de changer. Ils ont demandé une Europe
plus claire et plus présente dans
les domaines qui les touchaient. Beaucoup ont ainsi demandé
l’avènement d’une
Europe sociale, et donc aussi plus politique. Bref, il n’y
avait rien
d’anti-européen dans le
« non » Français.
Et bien au
contraire, le « non »
Français dans un certain sens, était porteur
d'espoir
puisque les Français ont demandé à
l'Europe de se
remettre en question. Il ont demandé : qu'est-ce que l'Union
Européenne?
Car il fallait bien savoir qu'est-ce qu'était l'Europe pour
qu'on accepte une Constitution. Et les débats sur la
Turquie,
par exemple, ont montré qu'on ne savait pas bien ce
qu'était l'Europe, ni ce qu'était
l'identité
Européenne.
*
EN
CONSÉQUENCE, on
peut dire que le « non »
français
n’était ni contre l’idée de
l’Union
Européenne, ni contre l’idée
d’une Union
politique plus étroite, et
certainement pas contre l’idée d’une
Constitution.
Au contraire, il a demandé à
l’UE de devenir plus transparente, (donc plus claire, plus
expliquée et plus
présente) et il a appelé
l’avènement
d’une Europe plus sociale (donc là encore
plus présente et plus politique). Enfin, il a
souhaité
lancer un débat afin de s'interroger sur l'escence de l'UE.
II.
Qu’en
est-il du « Traité
simplifié » ?
Répond-il aux attentes exprimées
par le Peuple Français (et aussi par de nombreux autres
Européens) ?
D’abord,
le Traité simplifié rend-il l’Europe
plus claire ? En fait, au lieu de
déboucher sur une UE à un
traité (la
Constitution aurait aboutit à cela), il reprend une vielle
idée abandonnée à la
fin des années 1990. Après la Traité
simplifié, l’Europe aura trois
traités. Le Traité de Rome
(dit
des Communautés Européennes), le
Traité de Maastricht (dit de l’Union
Européenne) et le Traité simplifié en
lui-même. Ainsi, le
Traité simplifié n’a de
simplifié que le nom ! Il ne simplifie
rien du tout. Au contraire, il complexifie
l’organisation des traités
Européens. Désormais (je me
répète), il y aura non plus deux (comme
aujourd’hui), non pas un (comme ce que proposait la
Constitution) mais trois
Traités !! Quelle simplification !
Ensuite,
l’Europe sera-t-elle plus politique ?
L’avenir nous le dira, mais en tout
cas, il ne semble pas que le Peuple y aura plus de place ! La
création de
la Constitution avait associé les États membres,
le Parlement et les citoyens via
internet. La création du traité
simplifié n’associera aucun des deux derniers.
C’est un
Traité négocié entre chefs
d’États et de gouvernement sans le peuple.
Pis,
à voir la façon dont le Traité a
été
négocié, on peut
s’inquiéter.
L’idée de
l’Europe repose sur la solidarité et le partage.
Or,
durant les négociations,
on a vu un affreux spectacle où les
égoïsmes
nationaux ont resurgit. Et,
finalement, c’est la Pologne et la Grande-Bretagne, les pays
les
moins
pro-européens, qui ont gagné. Il ne sera fait
mention
dans ce Traité (alors que
c’était le cas dans la Constitution) ni de la
devise, ni
du drapeau, ni de
l’hymne de l’Europe. Pas plus qu’il
n’y aura de
préambule. Ainsi, l’idée
d’une
Europe politique recule-t-elle au profit d’une Europe des
égoïsmes !
Puis,
l’Europe sera-t-elle plus sociale ? Et bien
non ! Certains
« nonistes » de gauche avaient
prédit un plan B et annonçaient
l’émergence d’une Europe sociale. Mais
l’Europe ne sera pas plus sociale. Et
puisqu’une Europe sociale suppose en amont une Europe
politique, et vu le sort
qui lui a été réservé (cf.
supra), il semble que l’Europe qui s’annonce sera
tout sauf sociale.
Enfin, va-t-on
s'interroger sur l'Europe et répondre enfin à
l'épineuse question "qu'est-ce
que l'Union Européenne?" ? Malhereusement non!
*
LES
FRANÇAIS AVAIENT DEMANDE une Europe plus transparente, plus
proche des
citoyens, plus sociale et plus politique. Je comprends qu’ils
aient voulu dire
« stop » en 2005 à une
Europe apparaissant lointaine et trop
économique. Et, bien qu’ayant supporté
le « oui »,
j’étais et je
suis entièrement
d’accord avec eux sur
ce point. Moi aussi, je voulais et je voudrais une Europe plus
transparente,
plus proche des citoyens, plus sociale et plus politique. Et moi aussi,
je voudrais que l'on se remette en question et définissions
l'Union Européenne.
Mais
(et c’est là probablement toute la
différence entre
les « nonistes »
et « ouiistes »), il semble que
les premiers
aient été plus idéaliste (et
plus naïf)
que les derniers.
A
quoi cela a-t-il servi de voter
« non » ? A la
lumière de cette réflexion, la réponse
sonne
comme un glas. Cela n’a servi à rien, sauf
peut-être à empirer les choses!
Mais
tout
(heureusement) n'est pas noir et il convient de relativiser cela.
Gardons en effet à l'esprit deux points positifs :
1. Certes, la Consitution est "morte",
et certes les
espérances des Citoyens n'ont pas été
entendues.
Certes, il n'y aura pas de débat pour savoir ce qu'est l'UE
et
on perd ainsi une belle occasion de s'interroger. Toutefois, l'Europe
se remet en marche après deux ans
d'arrêt et Nicolas Sarkozy semble vouloir la faire
avancer.
(Il a déclaré aujourd'hui lors de la
conférence
des ambassadeurs que "l'Europe
est la priorité de sa politique
diplomatique". Par ailleurs, le 14/07/07 a
marqué un
redémarrage de l'Europe (cf. article
précédent)).
2. Finalement, ce n'est que partie
remise, car un
jour ou l'autre, il faudra que les Citoyens soient entendus et il
faudra définir l'Union Européenne. Et le
débat précédent le
référendum a
démontré la vivacité du
débat dans notre
démocratie, dont nous ne pouvons que nous
féliciter! :)
Thomas
Véron.
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